le voyage à Paris : étape à la tour Eiffel haut lieu du tourisme mondial

Publié le par François Arnal


   
Le soir du premier jour est consacré à la visite de la Tour Eiffel éclairée.

L'occasion de réfléchir du point de vue de la géographie à la présence d'un haut lieu du tourisme de masse, d'un haut lieu du tourisme mondial, d'un archétype de la ville de Paris.
Le désir de pratiquer le tourisme, de se rendre sur un lieu s'explique par de multiples raisons :
Dans un premier temps les géographes ont répondu de façon déterministe (les conditions naturelles ou historiques expliquant la présence ou l'émergence d'un site).
De nos jours la géographie culturelle réoriente les investigations sur les questions de représentations ou de perceptions.



Bernard Debarbieux, géographe  estime que la Tour Eiffel est un haut lieu, un lieu attribut, allégorie du territoire. Les hauts lieux pour G Lussault ont une signification sociale, ils jouent le rôle d'emblèmes pour les groupes sociaux qui les créent et en font usage.

"Dans ces conditions, territorialiser un espace consiste pour une société, à y multiplier les lieux, à les installer en réseaux à la fois concrets et symboliques".
Guy Di Méo, géographie sociale et territoires, Nathan université 1998 p 41.

- Quelles sont les raisons conscientes ou inconscientes qui nous poussent vers les lieux ?
- Pourquoi étions-nous si nombreux ici alors que là il n'y avait personne ?
- Les motivations  et les comportements des touristes trouvent leur expression dans les valeurs, les modes et les produits offerts par les sociétés.

Notre société industrielle issue de la révolution du fer et de l'acier trouve son symbole dans ce monument construit en 1889 à l'occasion de l'Exposition Universelle

- Pourquoi se rendre ici ?
- Pourquoi tant de succès ?
- Pourquoi cet édifice (devenu monument classé) tant décrié à son époque par certains est devenu le symbole iconique de Paris ?



"Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu'ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l'art et de l'histoire française menacés, contre l'érection, en plein cœur de notre capitale, de l'inutile et monstrueuse tour Eiffel que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d'esprit de justice a déjà baptisée du nom de Tour de Babel.
Sans tomber dans l'exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au dessus de ses rues, de ses boulevards élargis le long de ses quais admirables, au milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le genre humain ait enfantés.
L'âme de la France, créatrice de chefs-d'œuvre, resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L'Italie, l'Allemagne, les Flandres, si fières, à juste titre, de leurs héritages artistiques, ne possèdent rien qui soit comparable, aux nôtres et, de tous les coins de l'univers, Paris s'attire la curiosité et l'admiration.
Allons-nous donc laisser profaner tout cela ?"
Dés 1887, certains artistes publient ,dans le journal "Le Temps,une lettre ouverte adressée a Monsieur Alphand,Directeur général des travaux de l’exposition.



- Pourquoi notre élève brésilien convié au voyage a t-il acheté pour ses amis restés au pays autant de petits porte-clés de la tour vendus à la sauvette par les marchands sénégalais ?
- Pourquoi cette volonté de se faire photographier face au monument qui nous dépasse de ses 324 mètres ?
- Pourquoi dans la file d'attente nous étions entourés de russes, de chinois, de polonais, d'italiens, d'espagnols, de... tant de visiteurs (plus de 222 millions de visiteurs depuis son ouverture, 6 428 441 en 2005, plus les 115 élèves de François Mauriac).

   
         


Deux millions de personnes la première année, plus de six millions et demi par an aujourd'hui, la Tour Eiffel attire les foules : carrefour du monde entier, plus de 220 millions de visiteurs de tout pays y sont venus depuis sa construction. Rien d'étonnant à cela : tous les sondages le prouvent, la Tour est le premier monument qui symbolise le mieux l'Europe. Et celui que les touristes aiment visiter en priorité.
Source


A propos du tourisme de masse voici le point de vue d'une géographe : Florence Deprest

Tourisme de masse, c'est déjà deux mots...
Deux mots pour quatre milliards de voyages par an (OMT).
Deux mots et mille et une images négatives. Des "Bronzés font du ski" aux "Bidochons en voyage organisé", le touriste n'en finit pas d'être l'objet de notre risée, d'être objet. qui se dit touriste ? Personne.
Les touristes, ce sont toujours les autres. Ceux qui nous dérangent dans notre rapport privilégié aux lieux, qui nous empêchent de jouir du lieu.
La critique se fait aussi plus érudite, lorsque écologistes, historiens, sociologues, géographes dénoncent les méfaits du tourisme. C'est que le tourisme de masse détruit les sites et colonise les sociétés d'accueil.
Alors faut il "tuer les touristes ?" comme on le propose par provocation.
(P. Frances, Faut il tuer les touristes ? in Les vacances, Revue Autrement, 1990.)
Mais les touristes, c'est nous : dès que , en dehors de raisons professionnelles, nous quittons notre domicile pour séjourner ou parcourir des lieux autres. ET , en tant que sujet du tourisme, notre expérience n'est jamais  aussi mortifère et aliénante que celle dénoncée par cette littérature.

Ce hiatus nous interpelle en tant que géographe, c'est à dire producteur d'une science sociale qui s'attache à comprendre "cette oeuvre humaine qu'est la production et l'organisation de l'espace".
Un activité qui modifie les lieux jusqu'à les détruire comment est-ce possible ?
Florence Deprest, Enquête sur le tourisme de masse L'écologie face au territoire Belin  Paris 1997.



la vue en direction du nord : le Trocadéro et la défense au loin
   
 
Un récent sondage montre la notoriété de ce lieu en rapport avec les hauts lieux du tourisme mondial.

Question : Citez trois monuments européens que vous connaissez, ne serait-ce que de nom ?

Pour les italiens, anglais, espagnols, allemands, étatsuniens, japonais la tout Eiffel vient en tête.
La Tour Eiffel devance L'Acropole, Big Ben, l'Alhambra, le Mont Saint Michel, la Tour de Pise, la Porte Brandebourg, le château de Versailles.    


La tour est le 1er monument symbolique de l'Europe  :

Question : Parmi les monuments européens suivants, quel sont les deux qui selon vous symbolisent le mieux l'Europe ?

La Tour Eiffel vient en tête devant les autres lieux cités ci dessus.
Sondage effectué par la SOFRES entre le 15 mars et le 2 avril 1996, auprès d'échantillons d'habitants dans chacun des 6 pays.


pour retrouver les chiffres de la notoriété :

Le Musée du Quai Branly et le jardin de Gilles Clément éclairé de bleu se repère facilement.


La mondialisation et le tourisme :



"La géographie des mouvements est commandée par celle des valeurs conférées aux lieux".
 Paul Claval.


L'évolution des statistiques de fréquentation est révélatrice de l'émergence de nouvelles nationalités accédant au tourisme mondial
Dans les derniers chiffres émergent les russes et les chinois ou encore les coréens. Cette analyse de fréquentation illustre la mondialisation.

Nous retrouverons la même thématique à propos du musée du Louvre et des problèmes que cela pose.

la vue en direction de l'Ouest


"L'observation des images prégnantes et dominantes dans une époque et une société données informe grandement sur les valeurs  affectives et symboliques accordées à certains espaces magnifiés ou mythifiés, d'autant plus convoités qu'ils sont associés à des pratiques considérées comme valorisantes, c'est toute une géographie du désir et du plaisir qui vient superposer sa trame spécifique à la géographie du travail, de la production ,des échanges et de l'habitat permanent."
G. Cazes, Fondements pour une géographie du tourisme et des loisirs Bréal 1992 p 77

Publié dans Géo Première

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François Arnal 25/01/2010 11:33


La tour Eiffel toujours très visitée en 2009
Le monument payant le plus visité au monde a accueilli 6,6 millions de visiteurs en 2009. Mais après cinq années de progression, la tour de Gustave Eiffel a connu en 2009 un recul de 5 % de sa
fréquentation par rapport à 2008, son année record avec 6,9 millions de visiteurs.