Polémique autour des musées nationaux

Publié le par François Arnal

La culture est elle une marchandise ?


Une polémique lancée par un article dans le journal Le Monde est à l'origine d'une pétition et d'un grand émoi auprès des professionnels des musées (conservateurs) et des enseignants dont je fais partie.

Je constate depuis quelques temps une dérive marchande sur les musées, la culture et le patrimoine.

Paris Les colonnes de Buren

 On peut commencer par les paysages à vendre comme celui de la Place des Terreaux à Lyon ou le Palais royal à Paris pour lesquels je devrais payer ou demander l'autorisation à Monsieur Buren pour publier son oeuvre.


la grève des photographes ....

Sur ce blog les photos du paysage urbain (public ) publiées par mes soins ne devraient pas relever à mon sens d'une pareille dérive. Je reste propriétaire de mes photographies, mais je ne les commercialise pas.



Deuxième dérive que j'ai constaté lors de la Biennale du Design à St Etienne : le droit des photos :
en tant qu'enseignant je visite les expositions dans les musées stéphanois et souhaite prendre quelques clichés afin d'illustrer ce blog ou mes cours d'histoire.
Refus et rejet de la part du Musée d'Art Moderne de St Etienne et du Musée D'art et d'Industrie (pour l'exposition Enrubannées).

Au Musée d'art moderne de  je fut scandalisé quand je découvris que mon premier ordinateur trônait au milieu de la pièce.

Mon premier ordinateur le Mac Plus est aujourd'hui dans un musée : c'est moi qui l'ai donné je suis donc un mécène...

Je vous explique la destinée de mon Mac Intosh Apple : Le Mac Plus fut acheté en 1989 ne l'utilisant plus chez moi je le cédais gracieusement à mon revendeur qui avait monté dans son sous sol un petit musée de l'informatique avec les ordinateurs Apple. Mon Mac Plus manquait à sa collection je lui en fis cadeau. Cette collection fut prêtée ou cédée au Musée d'Art Moderne de St Etienne à l'occasion de la biennale du Design et d'une exposition sur les produits de la marque à la pomme de Steve Jobs.
Quand j'ai reconnu "ma machine" qui m'avait accompagné une dizaine d'années (avant l'époque des blogs) dans le Musée, mon sang ne fit qu'un tour et je pris sur moi de photographier mon ordinateur présent dans ce Musée.
Ceci dit je constatais que beaucoup d'autres personnes ne disaient rien et prenaient discrètement leurs photos dans leur coin ce que je fis de même.



Troisième dérive : le Musée du Louvre était jusqu'à présent gratuit pour les enseignants, ce "privilège" permettait à chacun de nous de préparer une visite, un cours sur l'histoire de l'art . Depuis 2004 cette gratuité a été supprimée pour les professeurs. Une pétition circule en ce moment .




quatrième exemple :  le Jardin de Marie Antoinette à Versailles qui m'est cher en tant que jardinier, sera désormais payant :

Versailles le Hameau de la Reine

Versailles lance le pack Marie-Antoinette

Surfant sur un engouement très fashion, le château de Versailles ouvre un nouvel espace de visite consacré à Marie-Antoinette. Une tromperie sur la marchandise, révélatrice de la dérive commerciale des musées nationaux.

Les amoureux du Hameau de la reine font aujourd?hui grise mine. Car ce havre de paix est devenu payant à l'initiative de la présidente de l'établissement public de Versailles. À peine nommée, Christine Albanel, sans compétences connues pour la fonction, déclarait  faire de ce trésor national, " une PME ", le propulsant dans " une logique d'entreprise " avec " obligation de résultat " (1). On en a ici la preuve. Pour justifier la mesure, deux types d'arguments sont mis en avant : nouveauté et authenticité . Faux et illusoire?

L'accès au Hameau devient payant, parce qu'il s'inscrit dans un nouvel espace de visite, " Le Domaine de Marie-Antoinette ". Or, seul le nom est nouveau puisqu'il recouvre des lieux connus, presque tous jusque-là accessibles au public.
http://louvrepourtous.site.voila.fr/


Dernier exemple de la marchandisation :
La marque Le Louvre et le futur Musée d'Abou Dabhi



Le Louvre d'Abou Dhabi fait l'unanimité contre lui
La pétition contre le projet d'implantation du musée aux Emirats compte 1 600 signataires, dont 500 professionnels.

La controverse sur le projet d'installer un «Louvre» dans un complexe touristique près d'Abou Dhabi ( Libération de ce week-end) a pris un tournant avec la publication des 1 600 noms du monde de l'art, s'opposant au projet, dont 500 conservateurs, historiens de l'art ou personnels de musées. Parmi les signataires de la pétition, l'ancien responsable du département des peintures du Louvre, Jean-Pierre Cuzin, mais pas de conservateur de l'établissement (...)
Le rejet des pétitionnaires (lire ci-dessous) englobe des projets différents : celui de la DMF à Abou Dhabi, la coopération Louvre-Atlanta ou celui de Beaubourg d'ouvrir une antenne en Chine. La pétition s'en prend ainsi à la présence du Louvre à Atlanta, la «cité du Coca-Cola», ce qui a choqué certains conservateurs américains. Libération : Par Vincent NOCE : mardi 9 janvier 2007


La Tribune de l'Art
publie ceci et est à l'origine d'une pétition regroupant ce soir près de 2500 signatures :


Pétition

   Le Monde d'hier, daté du 13 décembre 2006, a publié un texte, Les musées ne sont pas à vendre, signé par Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht, dénonçant les récentes dérives des musées français, et du Louvre en particulier.

   Les auteurs y parlent de l'opération du Louvre à Atlanta en soulignant que « sur le plan moral, l'utilisation commerciale et médiatique des chefs-d'oeuvre du patrimoine national, fondements de l'histoire de notre culture et que la République se doit de montrer et de préserver pour les générations futures, ne peut que choquer ». Ils s'inquiètent surtout du projet d'Abou Dhabi : « Ce sont nos responsables politiques qui sont allés offrir ce cadeau royal et diplomatique. Contre près de 1 milliard d'euros... N'est-ce pas cela "vendre son âme" ? ».Ils soulignent  et ils sont bien placés pour le savoir  que « s'y opposent la plupart des conservateurs français, contraints à un devoir de réserve contestable sur des sujets qui sont pourtant l'essence de leur métier », ce que je n'ai cessé d'écrire. Ils concluent enfin : « Que l'on puisse rêver d'un monde où circuleraient librement les hommes et les biens de consommation est légitime. Mais les objets du patrimoine ne sont pas des biens de consommation, et préserver leur avenir, c'est garantir, pour demain, leur valeur universelle. »
http://www.latribunedelart.com/Editoriaux/Editorial_Petition_505.htm


La polémique enfle sur le Net et pour certains cette pétition est une forme de protectionnisme culturel

"Conservatisme protectionniste de nos fonctionnaires de la Culture

Ces mises ­à disposition prometteuses ont déclenché une vraie levée de boucliers d?apparatchiks de la Culture. Plus de 2000 noms ont signé cette torchon pétition qui prétend dénoncer les "dérives commerciales" du Louvre au lieu d?en louer le dynamisme et l'audace. Pas une seconde ils n?ont imaginé que cet échange pourrait rapprocher nos cultures respectives, tisser des liens entre nos pays et renforcer l'image de la France aux Etats-Unis ou dans le Golfe. Cette optique, d'un protectionnisme des plus ringards, est pathétique..."
http://www.agoravox.fr/



Pour l'Humanité (journal communiste), Le Louvre  est soumis au diktat du marché

"Le projet d'un Louvre bis à Abou-Dhabi, obligeant les grands musées français à des prêts d'oeuvres à long terme, inquiète le monde de l'art qui réagit. Une pétition recueille plus de 1 500 signatures.

Le débat sur les ravages du libéralisme s'empare de toute la société. Sa violence est à la hauteur des impératifs comptables fixés désormais à nos prestigieux musées. Leurs conservateurs, d'ordinaire bâillonnés par une obligation de réserve obsolète qui leur interdit de s'exprimer, lancent des cris d'alarme, signent des pétitions, accordent des interviews à la presse, débattent par médias interposés."


Le Figaro
(plus libéral) s'inquiète de la dérive de nos conservateurs et pense que le projet de prêter des oeuvres à Atlanta est une bonne chose. L'article souligne que "De toute façon, il serait désastreux de ne pas affronter la réalité : la mondialisation et le rééquilibrage du monde vers l'est, l'Asie, le Golfe notamment".
 

"À Atlanta, en Géorgie, aux États-Unis, c'est une aile du High Museum, édifiée spécialement par Renzo Piano, qui abrite des expositions de tableaux, dessins, bientôt des objets appartenant aux collections du Louvre. Un projet dont nous avons expliqué dans ces colonnes l'intelligence et la fertilité (nos éditions du 9 octobre 2006). « Le Louvre Atlanta » est une collaboration scientifique entre des conservateurs des deux côtés de l'Atlantique. Les oeuvres sont prêtées au High Museum avec l'aide d'un mécénat américain". Le Figaro


La Vénus de Cabanel au Musée d'Orsay


Reste comme le soulignait Libération le choix des oeuvres :
"Nus. En dépit de la polémique, le gouvernement aurait l'intention de signer à bref délai. Pourtant, nombre d'éléments restent flous, ce qui nourrit les rumeurs, comme celle selon laquelle il ne serait pas possible d'exposer des nus et des tableaux religieux, ce qui handicaperait la lecture de l'histoire de l'art occidental."


Pourra t-on voir à Abbu Dabhi des nus impressionnistes ou académiques comme le Musée d'Orsay en possède ?

Libération affirme ce soir que Le Louvre d'Abou Dhabi ouvrira en 2012
Donnedieu de Vabre le ministre de la culture affirme sa détermination, malgré la pétition de 2500 opposants au projet.

"Le «Louvre» prévu près d'Abou Dhabi devrait ouvrir en 2012. Dans ses voeux aux personnels de la culture, mardi, le ministre Renaud Donnedieu de Vabres a affirmé sa détermination à voir aboutir ce projet, sans s'arrêter à «la polémique menée par quelques grincheux» ( Libération de lundi) . Il a tenu à «rassurer ceux qui pourraient douter des conditions de déontologie et de probité de cette opération, dont la direction des musées de France est et sera garante», mais sans rien dévoiler des négociations en cours."
Par Vincent NOCE.  jeudi 11 janvier 2007


Le Monde dévoile les éléments du contrat.



Paris : Le Jardin des Tuileries  et Musée d'Orsay à l'horizon

On peut enfin se demander si la culture française va vraiment se démocratiser dans ce type de lieu touristique pour clientèle aisée.
S'il s'agissait de montrer à tous la culture française dans le cadre d'un partenariat culturel pourquoi pas mais là, on peut se poser des questions.


Palais Royal Paris







Publié dans hgeofm

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une eleve 21/01/2007 13:35

entièrement d'accord avec vous sur l'ensemble de cet article, très interréssant et dews plus complet qui nous permet d'ouvrir les yeux sur une réalité. en effet des que les jeunes menacent de s'interresser à l'art nous sommes souvent recalés par des prix qui nous apparraisent comme exhorbitants, et nous dirigent ainsi vers une culture télévisée certe gratuite et accessible à tous... mais est-ce un bien que l acces de la bêtise à tous. Pour autant je ne comprend pas il s'agit pourtant d'un patrimoine commun, qui ne doit pas être, il me semble l'apanage des gens aisés, et celui de société privé privilégiant le profits, sans proner pour autant une totale gratuité je suis pour une réduction importante des coût. Néanmoins je tiens à préciser que la carte m'raé est un reel avantage sur ce au revoir et merci