La cité du design remplace la Manufacture d’armes de St Etienne

Publié le par François Arnal


vue depuis la tour en direction du Nord et du quartier du Marais.

L'âge industriel : histoire et géographie première.  Le passé industriel de St Etienne

La cité du design remplace la Manufacture d’armes de St Etienne

 

 

vue historique de la manu au XIX° siècle

 

L’industrie stéphanoise a connu des mutations profondes et des restructurations parfois douloureuses.

 

La région stéphanoise est surtout réputée pour ses mines dont l’activité a explosé du temps de la Révolution industrielle. Mais la cité forézienne a également été célèbre pour ses armes et ses cycles. A la production privée et civile (la chasse) de Manufrance, s’opposait la production publique des armes de guerre. Depuis François 1°, Saint Etienne accueillait une manufacture royale d’armes. Les eaux du Furan étant d’excellente qualité pour la trempe des métaux, la métallurgie a trouvé sur place charbon et minerai de fer vite épuisés.

 

Le quartier du Marais et le premier chemein de fer de France (tiré par des chevaux au début)

 

C’est sous le Second Empire que la Manufacture d’Armes s’installe dans ses nouveau locaux, le long de la Grand Rue et du Furan près du quartier du Marais où se concentrent les métallurgistes. Non loin de là a été créée la première ligne de chemin de fer de France qui reliera St Etienne à Andrézieux le long de la Loire pour l’exportation de la houille.

 

La Manufacture Royale d´Armes devient Manufacture Nationale d’Armes :

 

La manu en construction.

 

La Manufacture Royale d´Armes fut construite en 1864, sur une surface de 12 hectares près de la Place Carnot. Conçue dans l'esprit des architectures rationalistes du XVIIIième siècle, dans la lignée des Salines de N. Ledoux (Arc et Senan), c'est un "Palais" industriel et militaire, en briques rouges et pierres blanches importées (la pierre de Saint Etienne est un grès houiller fragile), une représentation prestigieuse de la puissance du second Empire.

 

A la même époque se construit dans le Massif du Pilat voisin, le barrage de Rochetaillée au Gouffre d’Enfer barrage voute longtemps modèle dans le monde entier.

La disposition idéale-typique des bâtiments (plan en H) a été recouverte par un paysage sans cesse changeant de constructions industrielles : cheminées, châteaux d´eau, installations de refroidissement, machines à vapeur. Elle a fermé définitivement ses portes en 2000.

La ville et son tramway étaient au contact direct de la « Manu » où travailla Bernard Lavilliers le chanteur stéphanois.

 

Les grilles de l'entrée ont été déplacées lors de la construction de la "platine".

 

Contre la Manu commence le quartier industriel avec ses toits d’usine reconnaissables (les sheds), ses cheminées et sa pollution. Entre les usines et les voies ferrées a été construite le stade G. Guichard (le Chaudron des verts).

 

 

S’il ne reste rien de la première ligne de chemin de fer française à part un pont à la sortie de la ville, la Manu du fait de la qualité de son architecture a traversé les siècles jusqu’à nos jours.

La Manu a fabriqué le fleuron de l’armée française le FAMAS (fusil d’assaut de la Manufacture d’Armes de St Etienne), le fameux « clairon.

 

 

Le groupe GIAT Industrie a délaissé les lieux en 2000 et St Etienne s’est retrouvé aux portes de sa ville avec une friche industrielle peu esthétique mais attachante. Elle représentait la mémoire ouvrière de cette ville, un patrimoine de plusieurs hectares

 

De 1864 à 2000, on fabriqua des armes sur ce site. Les fusils Chassepot firent la célébrité de St Etienne à la fin du XIX° siècle.

 

vue en direction de l'Est

 

Une architecture prestigieuse : la « Cité interdite » de St Etienne.

C’était une usine emblématique du territoire stéphanois, une sorte de manufacture modèle à l’architecture rigoureuse et classique qui marqua les années 1860/70 dans la région stéphanoise.

Les ateliers sont organisés en un double H placé de part et d’autres des machines à vapeur reliées en souterrain par un savant réseau de transmission par courroies et poulies. Côté ville on ne voyait pas grand chose des ateliers. Seule la grille en fer forgé siglée RF (République Française) Manufacture d’Armes, laissait deviner la fabrication. Un vaste bâtiment rectangulaire surmonté d’une horloge (le bâtiment de l’Horloge dans l’appellation actuelle).

D’ailleurs des murs abrupts, des jardins et des résidences du personnel de direction séparent la Manu du reste de la ville. C’était jusqu’à une date récente la « Cité interdite » de St Etienne.

 

Vue en direction du sud (11/2008)

 

La Cité du Design : Un pari sur l’avenir

Après un peu plus de trois ans de travaux, 16 000 m2 de l'ancienne Manufacture d'armes reprennent vie avec l'ouverture de la Cité du design.

 La Cité du Design ouverte au public renoue avec cette tradition industrielle et ce savoir faire stéphanois. Plus question de fabriquer des armes ou des « platines » pour les fusils d’assaut. En revanche réfléchir à la fonction esthétique d’un produit industriel constitue un nouvel enjeu pour demain.

St Etienne a accueilli depuis plusieurs année la biennale du Design, son Ecole des Beaux Arts s’est muée en Ecole Supérieure d’Art de Design. Elle occupe désormais les anciens ateliers perpendiculaires au Bâtiment de l’Horloge

 

 

Le quartier en rénovation.

 

Ce pôle industriel en cœur de ville  a commencé sa mutation avec au Sud des immeubles d’habitation, au nord des extensions de l’Université jean Monnet (Pôle optique vision).

L’équipe berlinoise de l’Agence Linn (Finn Geipel architecte) a proposé ce projet de Cité du Design autour d’une « platine allongée » dominée par la tour de l’Observatoire et accolée au Bâtiment de l’Horloge.

 

La platine depuis le jardin sud

 

Les polémiques ont éclaté au moment de l’arasement des quelques bâtiments (les deux bâtiments de la Cour d’Honeur et les maisons des cadres près des jardins). Mais aujourd’hui l’heure est à l’apaisement avec ce bâtiment qui ne laisse indifférent le visiteur.

Après un peu plus de trois ans de travaux, une partie du site de l'ancienne Manufacture d'armes de Saint-Étienne reprend vie avec l'ouverture de la Cité du Design et l'installation de l'École supérieure d'art et design de Saint-Étienne (esadse) avec ses 350 élèves.

Les bâtiments industriels sont devenus des lieux d'enseignement supérieur, de recherche et d'expérimentation, de colloques et d'expositions.

La matière grise et l’innovation ont remplacé le métal et les armes. la Cité du design est ouverte à tous les publics. Elle vient d’être inaugurée le 1 octobre 2009.

 

La tour de l'Observatoire 31 m de haut.

 

L’Express évoque le succès de sa biennale, la ville, mal en point, a fait de cette activité son nouveau va-tout. La Cité qu'elle lui consacre allie audace esthétique et innovation.

« C'est un pari fou: comment une ville en déclin peut-elle avoir l'audace de miser sur le beau pour s'en sortir? C'est pourtant la stratégie de Saint-Etienne, qui inaugurait ce jeudi 1er octobre son ambitieuse Cité du design.

Un projet qui symbolise la mutation espérée de l'agglomération stéphanoise: hier, ville industrielle en crise; demain, métropole tertiaire ».

Vignal Marion

 

L'agora au coeur de la platine

 

Pour le journal Le Monde :

« L'attente est à la mesure du projet. Car ce site patrimonial est immense : trois bâtiments anciens et désormais rénovés, et deux autres construits pour l'occasion. 33 000 m2 en tout, 16 000 rien que pour la partie nouvelle. Presque un quartier dans la ville. D'autant que plusieurs autres bâtiments anciens restent en friche, beaux vestiges de l'industrie, rangés en ordre quasi palatial. Ils attendent que d'autres acteurs des nouvelles industries de la ville renaissante rejoignent ce vivier ».

Frédéric Edelmann © Le Monde

Publié dans Histoire première

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