Les montagnes entre tradition et modernité : Vals (Grisons).

Publié le par François Arnal

Géographie seconde : Les montagnes entre tradition et modernité



Le paysage de Vals dans les Grisons une montagne entre tradition et modernité.

La géographie se propose de comprendre la relation que noue une société avec son territoire.
Intéressons nous aujourd'hui aux paysages de montagne.



Le paysage constitue notre cadre de vie et bien souvent reflète nos activités et influence notre humeur.
Il traduit notre relation à la nature et à la vie.

Pour cette escale dans la vallée de Vals, nous allons nous pencher sur un paysage montagnard de cette vallée des Grisons au Sud Est de la Suisse.
Si vous ne connaissez pas les thermes de Vals allez faire un tour sur ahah,


vous y découvrirez un bâtiment extraordinaire construit par Peter Zumthor (architecte suisse )  en 1993 qui vous fera réfléchir sur la qualité architecturale ou paysagère d'un bâtiment.

Ici l'on parle le dialecte suisse allemand de Vals. Les Valsers sont des Haut-Valaisans qui, il y a environ 700 ans, peuplèrent les vallées les plus élevées des Grisons.

Ce versant est en effet cultivé et soigné en permanence, non pas par des labours mais des prairies de fauche. Les agriculteurs font plusieurs récoltes de foin par an afin de remplir leur grange et passer l'hiver sous la neige. La forêt a été défrichée, les rochers ont été déplacés ou soigneusement contournés par les routes ou les constructions. Ici tout n'est qu'artifice  la nature a été modelée par le travail humain.

source Google Earth 2008

En montagne les paysages s'expliquent par plusieurs paramètres comme l'altitude, la pente ou l'exposition (un versant au soleil : l'adret et un versant à l'ombre : l'ubac.)
L'opposition se fait ici plutôt entre le haut et le bas. Le bas est habité en permanence et le haut est occupé ponctuellement en été. Le contraste est net entre le bas et ses chalets d'habitation et le haut et ses chalets d'alpage. Pour tenir comptes difficultés du terrain et de l'éloignement des sites d'habitation entre l'été et l'hiver des chalets granges sont aménagées tout au long du versant et servent de réserves à foin ou parfois au niveau inférieur d'abri pour le bétail. Aujourd'hui le foin est redescendu dans la vallée dans de grandes granges modernes la mécanisation a permis de changer de mode vie.

Une usine en pleine montagne : l'embouteillage de l'eau minérale Walser.


A y regarder de plus près cependant l'économie de cette vallée s'est diversifiée, outre l'activité thermale signalée dans les notes précédentes, existent aussi une usine d'embouteillage de l'eau Walser, et des remontées mécaniques.
Bien sûr nous sommes là aussi loin du modèle de station à la française comme les géographes français le qualifient, nous sommes bien dans le modèle germanique décrit par Rémy Knafou.


Le paysage est une valeur marchande exploitée par les publicitaires : ici une campagne d'affichage pour l'eau minérale produite dans la vallée. source : www walser.ch

Rémy Knafou, géographe propose, une analyse des transformations des Alpes. Il met en évidence une interrelation constante entre perception et gestion du milieu, hier comme aujourd'hui.
"C'est le XVIIIe siècle qui "invente" les Alpes. Les premiers aménagements de loisirs sont intimement liés aux représentations positives qu'en donnent des générations de peintres et d'écrivains, suivis par les premiers "touristes". Durant le siècle suivant, l'ouverture à l'industrie et au tourisme de masse impose une nouvelle image des Alpes.
Aujourd'hui, face aux problèmes qui concernent l'ensemble de la chaîne (pollution croissante des vallées, surcharge touristique, zones en déclin, extension des voies rapides et des zones construites, etc.), les Alpins s'organisent ; certains s'attachent à développer une agriculture "labellisée", les régions coopèrent ignorant les frontières, les différents États ont signé avec l'UE une convention sur la protection d'un patrimoine considéré comme vital pour l'Europe.
Assistons-nous à la construction d'une identité alpine ?"
.
R Knafou.


Le complexe thermal de Vals réalisé en deux temps (années 60 et années 90 pour le bâtiment central à demi enterré).

Le chalet au premier plan est un chalet traditionnel au coeur d'une prairie fauchée plusieurs fois dans l'année pour le fourrage du bétail. Agriculture, tourisme, thermalisme et industrie (embuteillage des eaux) cohabitent en un même lieu à 1200mètres d'altitude dans une vallée isolée en amont du Rhin. La rivière s'appele le Rhin de Vals elle présente un aléa inondation important qui a nécessité des travaux depuis des siècles.

A Vals nous sommes dans un modèle d'aménagement de la montagne différent du modèle français (Savoie par exemple)
Dans le modèle germanique, le paysan a très tôt diversifié l'activité touristique, il a construit ses propres hôtels ou chalets à louer. L'agriculture est toujours vivante subventionnée par l'Etat helvétique conscient que la montagne fait partie de son identité nationale. Les outils sont adaptés (tracteurs travaillant dans les fortes pentes, système de conduite pour le lait  (lactoduc ?) entre les chalets d'alpage et la vallée.
Les photos sont prises sur ce versant des cabanes d'alpages à un niveau intermédiaire entre le village (1200m)  et les chalets d'alpage en altitude (vers 2000m).
Le lait de montagne frais est vendu dans la laiterie du village ; le lait restant est transformé en crème, en beurre, en yaourt et en fromage.


Mais l'agriculture reste l'activité noble dans un système social original où le fait d'être agriculteur confère une position sociale éminente.. Le paysan est en quelque sorte un jardinier du paysage et ce paysage attire d'ailleurs le touriste...
Il y a actuellement quatorze alpages sur 100 km2 d'alpages. Mais les deux tiers du bétail en estive vient de plus bas dans les vallées voisines.Jusqu'au début du XX° siécle la population de la vallée dépend exclusivement de l'agriculture.
L'industrie est présente avec les deux activités de l'exploitation des eaux minérales et la production des pierres issues des carrières. La pierre de Vals est réputée et constitue l'autre activité industrielle de la vallée.

Le centre du village, situé à 1 252 mètres d'altitude, s'appelle Vals-Platz.

Le paysage ne porte pas l'empreinte trop forte du tourisme. Mais cela ne signifie pas que cette activité est délaissée bien au contraire. Ici le tourisme d'hiver ou d'été, sportif ou thermal s'intègre à toute l'économie locale. La commune reste maître de ses décisions d'aménagement. Les montagnards sont restés acteurs de leur destinée et l'architecture ou le paysage dans son ensemble le leur rend bien témoignant ainsi des différentes époques et des différents usages de la montagne entre « tradition et modernité ».


Le tourisme d'hiver se développe sur un versant exposé au nord (la neige ne fond pas facilement).
La vie économique de la commune est essentiellement tournée vers le tourisme. Les deux tiers du revenu communal provient de manière directe ou indirecte de cette branche économique.



Signe de la modernité géographique, la commune possède son SIG (système d'information géographique) dans lequel nous pouvons découvrir le parcellaire trame foncière du paysage clé de l'explication des différences visuelles (telle propriété est fauchée telle autre ne l'est pas). allez voir comment se superposent les trames foncières (propriété du sol) et les trames paysagères (visibles sur une photo aérienne à la même échelle).





Sur le territoire de la commune de Vals, on trouve toute une série de fermes typiques des Valsers qui furent jadis habitées pendant toute l'année. Aujourd'hui, la plupart d'entre elles sont encore utilisées comme cabanes d'alpage. À part Vals-Platz, seuls Camp, Leis et Valé sont habités à l'année. Les maisons et les étables sont recouvertes de dalles, comme il est mentionné dans la loi sur les constructions depuis 50 ans. Or, malgré le fait qu'au cours des dernières années beaucoup de nouveaux bâtiments furent construits, des parties entières du village présentent toujours un caractère authentique.
En 2000, Vals comptait selon les statistiques 885 habitants. Ce nombre est cependant trop bas du fait que les saisonniers ne sont pas inclus. En réalité, Vals compte environ 1 000 habitants. La population active travaille à 23 % dans l'agriculture et la foresterie, à 29 % dans l'industrie et le commerce et à 48 % dans le secteur des services. Cette sectorisation est légèrement falsifiée puisque les paysans exerçant l'agriculture comme activité accessoire sont comptés à part entière.

Source : site officiel de la commune de Vals.

au premier plan la digue artificielle renforcée en Août 2008 pour limiter les crues du torrent.


Pour en savoir plus et pousser plus loin l'analyse géographique allez sur geofac : le blog géographique destiné aux étudiants du supérieur.
Vous y trouverez des compléments et des liens plus précis.


Si  la recherche dans le champ du tourisme vous intéresse, retrouvez Rémy Knafou et son équipe de chercheurs sur le site de l'Adrets (ça ne vous rappelle rien ce terme géographique ?)
Association pour le Développement de la Recherche et des Etudes sur les TourismeS.
Toute l'actualité et les problématiques de la géographie du tourisme sont abordées : des paysages commentés, des lieux décryptés, des concepts clairement définis et une position épistémologique affirmée.

Bonne visite.

Publié dans géographie seconde

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Stephanie 01/06/2011 16:09



nous avons aussi écrit un article sur les Thermes de Vals, et notamment sur le matériau avec lequel ils ont été construits : La Pierre de Vals, qui nous a séduits, nous, fabricant de carrelage
céramique :








http://www.novoceram.fr/larevue/la-pierre-de-vals/